Le temps des bilans

En 2008, Gilbert Angénieux a été porté à la présidence de l’Université de Savoie par une liste qui affichait son opposition à la loi LRU, en nous expliquant qu’elle saurait protéger notre établissement des dérives rendues possibles par ce texte. Sitôt élu, Gilbert Angénieux a mené une toute autre politique, puisqu’il a clairement fait la pire des applications possibles de la LRU, avec le soutien des conseillers de sa liste qui durant quatre années ont voté son budget et soutenu sa politique.

Parmi tous les présidents d’université de France, Gilbert Angénieux aura été l’un des meilleurs élèves de Valérie Pécresse. Au printemps 2009, il a fait partie de ces présidents qui ont refusé tout soutien au mouvement anti-LRU, son activité se limitant alors à délocaliser les conseils de notre université pour les réunir à Annecy-le-Vieux de peur qu’ils ne soient perturbés par les personnels en lutte. Non content d’appliquer la LRU petit doigt sur la couture du pantalon, il a introduit avec enthousiasme les pires mesures de Valérie Pécresse : il est devenu le VRP savoyard des chaires d’excellence qu’il a voulu mettre en place dans notre université et a été l’un des défenseurs les plus zélés de la désastreuse réforme des concours d’enseignement qu’il a appliquée de la pire des manières dans notre université.

Gilbert Angénieux et les conseillers qui l’ont soutenu nous avaient promis de respecter l’avis des conseils et de ne pas utiliser les nouveaux pouvoirs conférés au président par la LRU. Dans la pratique, nous n’aurons jamais eu une présidence aussi autoritaire : elle s’est assise systématiquement sur les votes du CEVU ou du CTP, dès lors qu’ils n’étaient pas conformes à la politique de l’équipe présidentielle, et n’a tenu aucun compte des avis des conseils des composantes. Sous la présidence de Gilbert Angénieux, le CA s’est transformé en une chambre d’enregistrement, privant les élus du débat indispensable.

Gilbert Angénieux et les conseillers qui l’ont soutenu nous avaient aussi promis qu’ils ne demanderaient pas un passage anticipé aux RCE (responsabilités et compétences élargies). Ils ont sans vergogne trahi leur promesse et sont passés aux RCE sans aucune préparation sérieuse. Leur bilan est sans appel : après deux années de déficit de son budget de fonctionnement, l’Université de Savoie n’a échappé à la tutelle rectorale qu’en raison de l’intervention des politiques locaux.

La gestion des personnels s’est dégradée, la volonté de vouloir gérer l’université comme une entreprise se traduisant par exemple par le recrutement hors cadre statutaire de personnels de catégorie A. La charge de travail s’est accrue pour tous les personnels et la souffrance au travail n’a jamais été aussi grande, comme l’avait souligné le médecin du travail lors de la présentation de son bilan. Les cadres ne sont pas épargnés : certains sont écartés, déconsidérés, placardisés ou en congés maladie.

La mise en place d’un service RH censé « améliorer » la gestion des personnels s’est traduite par une régression sociale pour les agents : suppression du CAS – Comité d’Action Sociale- pendant près d’un an, refus de réunir la commission des risques psycho-sociaux issue du CHS, graves erreurs dans l’application de la réglementation, absence totale de transparence et de dialogue avec les organisations syndicales. Les primes de l’équipe présidentielle et de certains cadres ont explosé, tandis que les personnels les plus modestes ont vu leur prime de Noël supprimée.

Gilbert Angénieux s’était engagé à CDiser tous les personnels qui auraient plus d’un an de CDD : il n’a pas tenu ses promesses. Des personnels se sont trouvés exclus du processus de CDisation alors qu’ils avaient le nombre d’années requises, d’autres viennent de découvrir qu’ils ont été CDisés sur une grille de qualification inférieure à celle dont ils bénéficiaient.

Gilbert Angénieux et ses conseillers nous avaient promis de lutter contre la précarité, mais durant leur mandat ils auront multiplié les contrats précaires. Gilbert Angénieux aura même connu son heure de gloire au printemps 2011, lorsqu’il a voulu recruter des enseignants contractuels avec un service annuel de 768 heures, ce qui lui a valu quelques articles dans la presse nationale, puisque aucune autre université française n’avait encore osé aller aussi loin dans la casse des statuts des universitaires.

Gilbert Angénieux et ses soutiens nous avaient promis de défendre les intérêts de l’Université de Savoie. Après avoir géré de manière catastrophique l’entrée de notre université dans le PRES de Grenoble, il s’apprête aujourd’hui à fusionner notre université avec celles de Grenoble dans des conditions déplorables, sans aucun débat et sans même avoir demandé un vote au conseil d’administration

Au terme de son mandat, le bilan de Gilbert Angénieux est sans appel et l’on s’étonne qu’il puisse oser se représenter. Son échec est aussi celui de ceux ont participé pendant ces quatre années à son équipe ou qui auront, sans rien dire, soutenu sa politique dans les conseils. C’est pourquoi, il est nécessaire de tirer toutes les conclusions de ce mandat qui a conduit notre établissement au bord du gouffre, et de tout faire pour que nous ne remettions plus en place une nouvelle majorité molle, qui sitôt élue s’assiéra sur ses promesses.

Au moment où s’ouvre la campagne pour les élections aux grands conseils (CA, CS et CEVU), nous en tirons donc toutes les conséquences et appelons tous nos collègues, enseignants, enseignants- chercheurs, chercheurs et BIATSS, à travailler avec nous à la constitution d’une réelle alternative à la politique actuelle. Pour cela, nous proposons de constituer des listes larges, déterminées à défendre quelques principes de base :

1) L’Université de Savoie doit rester fidèle à sa mission de proximité et continuer à offrir aux populations des pays de Savoie, et en particulier à sa jeunesse, un accès de qualité à l’enseignement supérieur. Cela signifie que nous ne voulons pas de cette Université du sillon alpin et autres IDEFI qui mettent en place un enseignement supérieur élitiste soumis aux logiques entrepreneuriales.

2) L’Université de Savoie ne doit pas participer à la course à l’échalote du pseudo-classement de Shangaï. Cela signifie que nous ne voulons pas nous inscrire dans une politique de la recherche fondée sur la concurrence entre laboratoires et entre chercheurs/ses. Nous ne voulons donc pas de projets de type IDEX qui vont détruire des pans entiers de nos universités.

3) L’Université de Savoie est une université publique qui doit être financée par la redistribution fiscale des richesses. Cela signifie que nous devons exiger notre dû de l’État et que nous n’avons pas à nous prosterner devant le patronat ou les collectivités territoriales pour mendier ce qui devrait nous revenir de droit, ni à puiser dans les poches des étudiants dont la paupérisation a atteint un niveau très inquiétant.

4) La présidence de l’Université de Savoie n’est pas condamnée à servir de paillasson aux politiques ministérielles. Nous voulons une présidence et des conseillers combattifs qui, en lien avec toutes les autres universités, exigent et obtiennent le retrait de la loi LRU afin de mettre un place un véritable enseignement supérieur public, dans le cadre d’un financement national à la hauteur des besoins et des enjeux de notre société.

Les syndicats CGT, FSU et UNEF de l’Université de Savoie

Une réflexion au sujet de « Le temps des bilans »

  1. Le reniement, le mensonge et l’hypocrisie sont aujourd’hui des valeurs validées et institutionnalisées par notre socièté, sans possibilité d’action en dehors d’une « expression démocratique », l’élection, qui consiste à mettre dehors l’élu, hors de tout recours tout au long de son mandat, sans recours après le mandat.
    Le citoyen de 1793 avait souhaité que le mandat soit impératif.
    Le citoyen de 2013, et donc l’ensemble des personnels oeuvrant et participant à la vie de l’université doivent exiger une réforme des statuts qui lui permette de renvoyer, sur référendum, tout élu qui renie son mandat, qui ne présente pas les propositions pour lesquelles il a été élu.
    (ou, pour faire simple, les différents conseils devraient disposer d’un droit de veto
    à toute décision présidentielle, d’un droit de suspension du vote du CA pour un second vote, après publicité et vote personnel publié de chacun des membres)

    Ces propositions pourraient ètre un thème de campagne 2012. Refusons, au nom d’une élection « moment flash d’ humeur », d’ètre les moutons d’un berger hableur, pour redevenir ce que nous étions, des loups ayant choisi de chasser en meute, pour garantir, au dela de la survie de nos petits, nos espaces de liberté et de choix individuels, notre envie de participer à une aventure collective, et non au radeau de la Méduse.